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Réflexion pédagogique : « Se projeter, avoir un objectif »

Dernière mise à jour : 9 févr. 2023


La société moderne ainsi que les valeurs de la démocratie valorisent à l’extrême les libertés et de façon générale le libéralisme. L’idée de liberté a pris une valeur extrémiste, totalitaire et absolue dans nos vies.

La société civile en a fait un culte, préoccupée sans arrêt par le droit, le droit des libertés, le droit de l’individu, la déclaration des droits de l’homme, les droits de la femme, la liberté d’expression, le droit de grève etc...

Ce droit sacré et imprescriptible listé de façon détaillé et méticuleux se définie soit en droit individuel soit en droit collectif.

Quoi de plus naturel alors que de s’intéresser à l’idéologie des droits. Or l’idéologie du droit collectif depuis plus de quarante ans est de plus en plus corrompu par le droit individuel. Ce dernier s’est imposé comme l’ossature de la globalisation et comme un outil de domination, mais aussi de nivellement et d’uniformisation.

Ainsi, un des traits prononcés de la société occidentale actuelle est l’individualisme.

L’individu exige, revendique, proteste, son droit est primordial, il est capital.

Le ‘’Je ‘’ triomphe face au ‘’Nous’’.

Bref l’individu a des droits dans un état de droit.


Mais qu’en est-il alors de la responsabilité et des obligations de chaque individu envers son prochain ou bien alors envers un collectif.

La société occidentale à l’inverse du Judaïsme prêche les différents droits alors que la Thora n’en mentionne jamais. La Thora au contraire véhicule uniquement la notion d’obligation. Il n’est pas mention d’un droit individuel particulier, d’un droit à la liberté ou encore au bonheur mais seulement des obligations envers soi-même, envers autrui, envers une communauté, envers son créateur.

Bien sur la Thora oral en revanche mentionne des droits individuels mais toujours sous forme de débats controversés.

La Thora ‘’oblige à’’ alors que la société invoque des droits. Cependant les notions de droit et d’obligation sont intimement liées et représentent deux faces d’une même pièce. Il ne peut y avoir pour un individu, un groupe ou encore pour une société moderne de droits sans devoirs.

La thora d’ailleurs dispense cette idéologie dans toute les couches de l’existence que ce soit à l’échelon de l’individu (les différents commandements), de la relation à autrui (les rapports d’échanges dans un couple) ou encore au niveau de la société et du droit du travail par exemple (le monde du travail et les relations salariés / patronna).


A l’image de l’individu, une société ou ses fondations se construisent sur le droit individuel de ses concitoyens est une société en perdition. Elle se focalisera uniquement sur l’idée d’accumuler, d’engranger, de prendre.


La Thora souligne cette idée et au contraire diffuse un message ou l’individu doit se responsabiliser vis-à-vis de lui-même, d’autrui et donc de son créateur afin d’atteindre un équilibre dans son existence.

La Thora prône ainsi une éducation constructive afin de rendre conscient l’individu de ses obligations et de ses responsabilités tout en étant lucide de ses droits.

Il ne peut en être autrement sans que le chao survienne très rapidement.


« Se projeter, avoir un objectif »


La plupart des études sociologiques depuis ces dix dernières années montrent le fossé qui s’est creusé entre les parents et leurs enfants adolescents ou jeunes adultes. Plusieurs observations psycho-sociologiques ont tenté d’expliquer ce phénomène. Pour certain ce n’est qu’une question intergénérationnelle avec l’émergence du concept de génération ‘’Y’’, ‘’Z’’, ‘’Mutant’’. Pour d’autres ce phénomène n’existe pas et est l’invention des professionnels du marketing.

Mais pour la Thora comme c’est indiqué dans Koheleth ‘’rien de nouveau sous le soleil’’. En effet beaucoup de commentaire de Rabanim nous expliquent comment appréhender ces problématiques. Cependant au-delà des conseils précieux de nos Maitre, beaucoup de parents, d’éducateurs constatent qu’il y a parfois une incompréhension qui s’installe et qui perdure. Dans la plupart des cas la communication reste encore possible et bienveillante mais parfois elle devient difficile voire impossible.

Alors comment expliquer ce malaise.


Beaucoup d’adolescent et de jeune adulte aujourd’hui ont du mal à se projeter, à avoir un objectif à plus ou moins long terme. Ils vivent uniquement dans le présent, dans ce que peut leur apporter à l’instant T une situation, une opportunité afin d’obtenir un résultat immédiat.

Quand vous mettez votre ‘’Je’’ en avant, quand la seule chose qui compte est la satisfaction de vos désirs et de vos envies, cela crée un rapport avec les autres extrêmement violent. L’autre devient un objet.

Ne parlons pas des nouvelles technologies du numérique et du digital avec l’avènement des smartphones, tablettes et autres gadgets tel que les réseaux sociaux Facebook, Instagram ou encore TikTok et compagnie qui ont cristallisé ces nouveaux phénomènes.

Le jeune se renferme, devient parfois addict aux technologies. Il y a quelques années, lors d’un cours en amphithéâtre à l’université, j’avais lancé un défi à mes étudiants de 3ème année qui consisté à éteindre son portable et de ne plus l’utiliser pendant une semaine en me le confiant.

Qu’avais dit ! quel sacrilège avais-je prononcé. Bien sur aucun de la centaine d’étudiants présent ce jour n’avaient osés relever le défi. Autant leur amputé la main…


Le problème aujourd’hui n’est plus Internet mais les moyens et les supports qui permettent de s’y connecter et nous en sommes qu’au début de l’histoire car des technologies de plus en plus intrusives commencent à voir le jour comme la réalité virtuelle et augmentée ou encore le métavers, sorte de doublure numérique du monde physique, accessible via Internet où il devrait nous permettre de démultiplier les interactions humaines, en nous libérant des contraintes physiques, par le biais d’Internet ? bref, tout un programme ..

La lanceuse d’alerte Frances Haugen, une ancienne employée de Facebook, a accusé le groupe américain de pousser les adolescents à utiliser toujours plus ses plates-formes, au risque de provoquer une addiction 1.


« Confondre l’accès à l’information et la maitrise de l’information »


Le jeune pense avoir le monde au bout de son index, il confond l’accès à l’information et la maitrise de l’information. Cette information devient pour le jeune essentiel, il faut rester connecté, coûte que coûte.

‘’Je suis connecté donc j’existe’’. Je suis l’égal du maitre, du professeur, des parents. Ce phénomène se caractérise depuis quelques années maintenant dans les écoles ou un certain non-consentement de l’autorité peut se constater y compris dans les écoles juives en France. Cela s’est exacerbé depuis une dizaine d’année et davantage avec le COVID.

L’existence du jeune est dans l’instantané. Leur vision du monde n’est que dans l’accumulation, dans l’appartenance.

Cela m’appartient car j’ai un droit. Le questionnement est souvent rare ce qui implique un manque de réflexion dans la vie au jour le jour sans se soucier de l’avenir.

Ce sentiment de droit inné qui se traduit dans l’immédiateté ne peut être que dans la volonté de prendre. J’ai un droit donc je prends et je prends maintenant.


Or la Thora nous enjoint à un questionnement et donc à une réflexion sur du court et du long terme pour développer et s’investir dans un futur.


Pour arriver à cet objectif, il faut un investissement personnel, du sacrifice, un don de soi, sortir du domaine du confortable. Bref il faut donner, comme disait un célèbre chanteur pied noir. Savoir ‘’Donner’’, vous l’aurez compris, c’est avoir des obligations et des devoirs.

Lorsque qu’un individu respecte ses devoirs, il créé un lien avec l’autre. Les devoirs et les obligations de l’individu seront alors de contrôler à ce que les droits d’autrui soient garantis.


Alors que faire. Il n’y a pas de formule magique dans l’éducation, cependant il y a des actions à mener auprès de nos enfants, de nos adolescents et jeunes adultes. La première des choses c’est d’essayer de leur donner le plus de confiance en eux, par des encouragements. Un adolescent qui gagne en confiance et un adolescent qui peut se projeter et donc se sensibiliser à ses obligations et devoirs. L’encouragement est un des piliers de l’éducation. Je n’encourage pas mon enfant seulement lorsque tout va bien, je l’encourage aussi et surtout lorsqu’il rencontre des difficultés et des obstacles dans sa vie, à l’école ou dans son service auprès d’Akadoche Barouh’ou.

Rav Yé'hiel Ya'acovson, grand pédagogue et éminent spécialiste des problèmes d'éducation en Israël, nous dévoile quelque chose d’essentiel dans l’éducation de nos enfants : l’encouragement est à mettre à toutes les sauces.

Aussi, il est essentiel de garder avec nos enfants une communication bienveillante, un amour inconditionnel. Seul une véritable communication avec nos enfants pourra leur faire comprendre que l’objectif d’un juif est seulement d’être un véritable serviteur de notre créateur. Rav Akiva Tatz nous apprend que :’’Seul le serviteur de la vérité est libre’’. Mais pour cela il faut se réaliser et se réaliser c’est d’être responsable.


La deuxième action est l’exemplarité, nous même parents, d’aller jusqu’au bout de nos convictions, de ne rien lâcher, de maintenir un cap. Ne donnons pas cette mission cruciale, à l’école, à autrui ou encore moins à la société. Un enfant, un adolescent ou un jeune adulte sera toujours plus impacté par ses propres parents sur l’exemple moral qu’ils peuvent eux même donner.


C’est vrai cela demande de la patience, du temps, de l’investissement, de la répétition et encore de la patience, du temps, de l’investissement, de la répétition... Qu’avons-nous d’autre à faire de mieux que d’investir sur nos propres enfants.

Bref, nous parents, prenons nos responsabilités jusqu’au bout.



1 Le Monde, « Facebook va recruter 10 000 personnes en Europe pour créer le « métavers », AFP, 18 octobre 2021


David BENITTA

Directeur de l’école IAD Business School 01.43.70.33.54 - direction@iadbs.fr





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